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Entretien avec Stéphane Mifsud

Le Français Stéphane Mifsud a battu lundi à Hyères le record du monde d'apnée statique en 11 minutes et 35 secondes.

"Je n'aurais pas pu aller au-delà", a-t-il déclaré juste après cette performance.

Le précédent record appartenait depuis le 7 juin 2008 à l'Allemand Tom Sietas, en 10 minutes et 12 secondes. Avant de réussir cette performance, Stéphane Mifsud s'est préparé pendant six mois, 30 heures par semaine, en répétant des apnées de deux à huit minutes. Ce Varois de 37 ans s'attend désormais à avoir besoin de deux mois pour récupérer, voire à "une petite dépression après tant de tension". Avant cet exploit, il a expliqué à Reuters comment un être humain pouvait rester aussi longtemps immobile à la surface de l'eau, le visage immergé.

Comment qualifier votre première minute d'apnée?

La plus critique de toutes. Avant de mettre la tête sous l'eau, j'emmagasine de l'air à la manière d'une carpe. Au fil de mon apnée, je vais tellement loin en détresse en oxygène que je dois partir avec un gros réservoir. Faite pour six litres, ma cage thoracique stocke alors 11 litres. Grâce à ma souplesse, mes côtes font un grand écart permettant d'augmenter cette capacité.

Quel est le risque d'un tel grand écart?

Comme les côtes compriment la veine aortique, je peux tomber dans les pommes à tout moment. Je m'applique alors à être le plus calme et relâché afin de maintenir cette souplesse. Par ricochet, je limite mon débit sanguin et baisse mon rythme cardiaque de 60 à 20 pulsations minute. A ce seuil, un être normal risque la crise cardiaque.

Quelle est votre principale préoccupation ?

Pour fonctionner, le cerveau mange 20% de notre air. J'évite donc de le faire travailler, de lui donner des infos à traiter. Je le débranche pour faire des économies. De la deuxième à la cinquième minute, grâce à l'autohypnose, je pique du nez comme devant ma télévision. Je plonge alors dans le noir, dans une plénitude à la limite de sortir de mon corps.

Et à partir de la cinquième minute ?

Le réveil sonne en la personne de ma première petite dette en oxygène. Je l'entends, lointain dans mon corps. Là, je dois sortir de mon sommeil sans relever brusquement la tête dans un réflexe de vouloir respirer et sans boire la tasse. En douceur, je me réveille pour partir au combat, lutter contre l'envie de plus en plus oppressante de respirer. Au fil des secondes, des alarmes sonnent. Ma volonté les repousse une à une. L'étau se resserre.

Entre la sixième et la septième, la douleur de la privation d'air m'est même presque agréable parce qu'elle prouve que je peux repousser mes limites. A partir de la huitième, la détresse en oxygène se ressent des orteils à la racine des cheveux. Même si les voyants sont tous au rouge, je ne m'affole pas. Je m'applique à stabiliser cette détresse voire à la positiver en me disant que je suis toujours en vie. Conscient, juste un oeil à demi ouvert parfois sur ma montre, je suis spectateur de mon combat.

Que se passe-t-il à la dernière minute, lorsque vos lèvres bleuissent, que votre visage blanchit, incitant votre entraîneur à vous rappeler?

Comme chez un cétacé, mon coeur est en mode "veille". Toutes les trois secondes, il bat. Lentement. Lourdement. Chaque battement tambourine en moi, marque une limite qui saute, une porte s'ouvrant vers l'inconnu. Entraîné, mon corps semble s'être fait une raison de cette détresse. Il s'adapte. Alors je ne dois pas surtout pas me laisser griser par cet état où j'ai l'impression de ne plus avoir besoin d'air. A la surface, mon entraîneur veille et me rappelle sur terre.

Lors de la première gorgée d'air, que vous dites-vous ?

Que c'est bon de respirer ! Que la prochaine fois où je serai assis au milieu d'un banc de mérous, je pourrai rester quelques secondes de plus.

En cette Journée mondiale des océans, pourquoi avoir tenté ce record dans votre piscine personnelle ?

Pour être au calme complet, en vase clos hermétique à toute interférence afin de n'avoir aucune information à donner à traiter à mon cerveau.

[Extrait de l'entretien réalisée par Sophie Greuil pour REUTERS]

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